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C'est un grand capricieux. Un versatile. «Un emmerdeur,
oui!» résume Jean Hugel, patriarche du vignoble alsacien, qui a du
métier et le sens de la litote. A considérer le faible encépagement du
muscat sur les contreforts vosgiens, on se doute qu'il n'a pas usurpé
sa réputation d'enquiquineur. Avec 354 hectares plantés, soit 2,3% de
la production alsacienne, il fait même figure de mal-aimé du cru.
Et pourtant il a du chic et du croquant, de la
fraîcheur, et ce nez musqué tellement caractéristique. A l'inverse des
muscats méridionaux, tout en douceur sucrée, le muscat alsacien, issu
de deux variétés, le muscat d'Alsace et le muscat ottonel, est un vin
sec, auquel on prête la vertu de se marier à la perfection avec les
asperges, et qu'on cantonnait autrefois au rafraîchissement des dames -
ce qui est injuste et péjoratif. Cela n'empêche pas de l'unir en
secondes noces à un plat exotique et relevé, de la cuisine asiatique.
Les présentations sont faites.
Mais voilà: le muscat fait des siennes. «C'est le seul
dont on ne sait jamais à l'avance ce qu'il donnera dans la bouteille,
affirme Hugel. C'est vexant!» Tous disent la difficulté de réconcilier
le nez et le palais, qui jouent chacun dans son coin. Certains
prétendent qu'il y aurait une recette, une herbe spéciale, qu'il
faudrait y mettre des fleurs de sureau. La vérité, c'est que personne
n'en connaît le secret. Surtout, «il ne pardonne aucune erreur»,
explique la jeune Agathe Bursin, nouvelle venue des coteaux de
Westhalten. «C'est un vin de l'extrême, confirme Jean-Michel Deiss,
l'une des grandes figures du vignoble. Une vigne coularde, qui se croit
immortelle et ne se donne pas la peine de mûrir ses fruits. Il faut
récolter au bon moment, fouler mais pas trop, presser assez vite.» Un
pensum. «Autrefois, comme le gewurztraminer, on ne l'isolait pas,
remarque Jean-Michel Deiss. On en faisait l'épice d'une vigne, la
lettre d'un alphabet qui servait à écrire le roman d'un terroir. Faire
un vin de cépage, c'est, au contraire, moduler une note jusqu'à la
perfection. Un exercice de style.»
Le style, ce n'est pas ce qui manque aux nectars des
Binner, amoureux du muscat au point d'en replanter quand tout le monde
l'arrache, de lui confectionner des tisanes d'ortie et de prêle pour
lui donner des forces. Et puis il y a le domaine Burn. Celui-là n'aime
rien tant que ce raisin si fragile et délicat, qui plaît tellement aux
abeilles et aux oiseaux. «Même en y mettant toute son âme et sa
science, on oscille toujours entre le miracle et la catastrophe,
reconnaît le vigneron, qui lui consacre un dixième de sa production.
Mais, ici, la douceur du climat lui est propice, le sol lui va bien, et
nous lui donnons nos meilleures parcelles.» Atypiques et précieux, ses
vins puissants (de 14 à 15 degrés, selon les années) exhalent des
arômes confiturés d'abricot et de pamplemousse, un parfum de violette.
«Nos vieilles vignes et nos petits rendements nous permettent
d'élaborer un vin bien équilibré entre fruit et minéralité, qui
supporte d'être gardé une dizaine d'années. S'il n'en restait qu'un, je
choisirais celui-là.» D'ailleurs, comme à confesse, Burn avoue: «Je ne
songe jamais aux asperges en faisant mon muscat.»
Source : www.lexpress.fr
Voir l'article sur le muscat d'alsace
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